« Sommes-nous à l’aube d’un changement pour le développement de l’intelligence artificielle ? »

« Sommes-nous à l’aube d’un changement pour le développement de l’intelligence artificielle ? »


Carte blanche. Dans l’édition 2020 de son analyse prospective « Hype Cycle » des technologies émergentes, le cabinet Gartner a présenté les tendances technologiques innovantes qui devraient avoir un fort impact au cours des cinq à dix ans à venir. L’intelligence artificielle (IA) dite responsable et de confiance en est une. Plusieurs signaux le confirment, dont la publication du projet de recommandation de l’Unesco sur l’éthique de l’intelligence artificielle, réunissant les efforts de près de 155 pays. Cette étape tente de globaliser les principes éthiques de l’IA au-delà des périmètres politico-géographiques de l’Union européenne et de l’OCDE.

L’IA est tiraillée aujourd’hui entre trois facteurs : sa puissance, sa survente et sa dénonciation. Elle offre de réelles capacités d’augmentation pour la résolution des problèmes contemporains, avec des ressources de calcul évolutives et plus rapides que le cerveau humain. Mais certaines annonces vantent abusivement ses capacités, quitte à vendre du rêve. Enfin, des voix s’élèvent pour crier au loup et dénoncer ses biais (manque d’inclusion, corrélations hasardeuses) et les risques d’injustice dans les décisions automatiques. Sommes-nous à l’aube d’un changement ?

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Pour ne pas faire d’IA hors-sol, il faut disposer d’équipes interdisciplinaires, où les représentants des différents domaines travaillent vraiment ensemble, ce qui permet de connecter la technologie à la réalité du métier et de répondre aux attentes des clients. A défaut, les sociétés innovantes se limiteront à développer des preuves de concept qui ne permettront pas leur réel développement commercial, quitte à survivre avec l’argent des investisseurs et/ou l’argent public. Ce ­modèle ne donnera pas d’ailes à ces sociétés : il n’y aura en tout cas pas de licorne, ces entreprises cotées à 1 milliard de dollars, en perspective ! La start-up canadienne Element AI, cofondée par Yoshua Bengio (prix Turing 2018 et un des pères de l’apprentissage profond avec ­Geoffrey Hinton et Yann LeCun) et qui a connu une ascension fulgurante, a fait les frais de la bulle de cette IA indifférente aux réalités des processus métiers. Sa vente à une société américaine, ServiceNow, suscite des déceptions et des interrogations sur le devenir de l’intelligence artificielle.

Inévitables erreurs

Est-ce un nouvel hiver qui s’annonce ? Non, mais plusieurs points de vigilance sont nécessaires pour éviter les obstacles sur le chemin du développement durable de l’IA. Le premier, cité plus haut : il faut coller au processus métier et à la définition du produit dans toute conception de solution basée sur une technologie IA, et surtout garantir et sécuriser les sources de données. L’enjeu de la gouvernance et de l’accès équitable à celles-ci sera majeur dans les années à venir. De plus, ces notions de responsabilité et d’éthique seront critiques car, sans elles, la perte de confiance du consommateur pourrait la mener à sa perte.

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