« L’heure est au multicanal, le mélange de l’Internet et du physique »

« L’heure est au multicanal, le mélange de l’Internet et du physique »


Pertes et profits. Les épidémies n’ont jamais été bonnes pour le commerce, mais, comme les guerres, elles ont toujours accéléré les transformations. Au sortir de la crise sanitaire, le plus vieux métier du monde, inventé 5 000 ans avant Jésus-Christ dans les antiques cités de Sumer, semble en sortir chamboulé. On s’interroge sur le nouveau consommateur, ses envies et ses pratiques, mais aussi sur l’avenir du socle de la consommation de détail, le magasin.

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Les confinements successifs se sont transformés en machines à voyager dans le futur, nous projetant violemment quelque part au-delà de 2025. Sur la seule année 2020, les achats sur Internet ont progressé de plus de 50 % en France. « Tout le monde s’y est mis, y compris les personnes âgées, et même pour acheter des légumes ou de la viande », constate Dominique Schelcher, le patron des supermarchés Système U, invité du Club de l’économie du Monde le 20 mai. Cela est vrai aussi des petits commerçants, dont beaucoup ont découvert la vente en ligne.

Les rois du discount

Internet s’impose dans le commerce plus vite que prévu. Même si, pour l’instant, il ne représente guère plus de 10 % du total des ventes de détail en France, cela dépasse les 15 % aux Etats-Unis et les 20 % en Chine. C’est donc là, entre Shanghaï et Pékin, que s’écrit l’avenir du commerce. Premier constat, les magasins n’ont pas disparu. Mieux même, les stars du cyberespace chinois, comme Alibaba, achètent des emplacements physiques. Amazon a fait pareil en Amérique, avec l’acquisition de la chaîne d’épicerie haut de gamme Whole Foods, en juin 2017. L’heure est au multicanal, le mélange de l’Internet et du physique, comme l’a expérimenté avec succès le géant américain de la distribution Walmart.

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Car, si la vente de fruits et légumes sur le Net a explosé durant les confinements, cette activité, déjà peu rémunératrice en magasin, est ruineuse si l’on ajoute la livraison. C’est bien pour cela que les hypermarchés ont été inventés dans les années 1960, pour faire venir le client dans l’entrepôt et qu’il emporte lui-même son achat. C’est aussi pourquoi les rois du discount bien physique, Aldi ou Lidl, ne se sont jamais aussi bien portés.

Mais surtout, le consommateur ne vit pas dans le virtuel, seulement alimenté à intervalle régulier par des livreurs sous-payés. Ses besoins se sophistiquent et s’individualisent. Progressivement, il politise ses achats, veut du local et du sens, quitte à payer plus cher. Le magasin de proximité retrouve du lustre. La troisième révolution du commerce est en marche, après l’artisanat des boutiques, puis l’industrie des grands magasins, voici l’ère numérique. Aucun de ses prédécesseurs ne disparaîtra, pas plus que le télétravail ne tuera la vie de bureau, mais un nouvel équilibre s’installe, plus rapidement que prévu.



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