« L’Europe face à la tentation de se rapprocher des Etats-Unis »

« L’Europe face à la tentation de se rapprocher des Etats-Unis »


En matière technologique, l’heure est-elle au dégel des relations entre Américains et Européens ? Un réchauffement semble en cours : après des années de tensions centrées sur la régulation des géants américains Google, Facebook, Amazon ou Apple, l’annonce surprise, par Washington et Bruxelles, fin mars, d’un nouveau projet d’accord transatlantique de transfert des données personnelles, fait figure de symbole. D’autant plus que le deal s’est accompagné de l’annonce d’un accord de livraison de gaz américain pour réduire la dépendance à la Russie. Sans affirmer que l’un était la contrepartie de l’autre, on peut constater que le contexte et la guerre en Ukraine mettent l’Europe face à la tentation de se rapprocher des Etats-Unis dans la sphère numérique. Cela peut-il remettre en cause la troisième voie entre « l’Internet californien et l’Internet chinois » qu’Emmanuel Macron avait théorisée dans un discours de novembre 2018 ?

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« Cette tendance au rapprochement s’est dessinée depuis l’acmé des tensions entre la Chine et les Etats-Unis, vers 2019, sous l’effet, notamment, des efforts diplomatiques des Américains pour essayer de ramener l’Europe dans leur giron. Et elle devrait se renforcer », a estimé le chercheur Julien Nocetti, fin avril, dans un entretien au Monde.

Après avoir été portés aux nues pour leur contribution aux « printemps arabes », puis cloués au pilori pour leurs atteintes à la vie privée ou leurs entraves à la concurrence, les GAFA tenteraient aujourd’hui de se réhabiliter en tant qu’acteurs jouant un rôle positif dans la lutte contre les régimes autoritaires russe et chinois.

« Davantage de collaboration »

« Le conflit ukrainien pousse les gens à se dire qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, mais on peut, au contraire, conclure qu’il nous faut davantage de collaboration pour assurer notre sécurité militaire et économique », a déclaré, mi-mai, au Monde, le président de Microsoft, Brad Smith, favorable au rapprochement entre l’Europe et les Etats-Unis et à l’accord de transfert des données.

Un tel accord pourrait priver les défenseurs de la souveraineté numérique européenne d’un de leurs arguments centraux. En effet, deux accords précédents ont été annulés par la justice européenne en raison du risque d’accès à des données par les autorités américaines, en vertu de lois extraterritoriales comme la loi sur le renseignement FISA. La dernière invalidation, mi-2020, a poussé le gouvernement français à édicter mi-2021 sa doctrine dite du « cloud de confiance » qui oblige les administrations et les collectivités à héberger leurs données chez des sociétés de droit français – tout en les autorisant à utiliser des logiciels américains.

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