Les débuts contrariés du téléphone en France

Les débuts contrariés du téléphone en France


Par Nicolas Six

Publié aujourd’hui à 15h00, mis à jour à 15h25

C’est une découverte qui a fini par changer nos vies… mais, en 1877, nos ancêtres furent peu nombreux à en percevoir l’intérêt. Le téléphone affronte alors de vives résistances, comme le note Julien Brault, chargé du service des téléphones du Sénat et auteur dès 1890 d’une fort épaisse Histoire de la téléphonie :

« Le récit des premières expériences faites en Amérique fut accueilli en Europe avec une réserve voisine de l’incrédulité (…). L’instrument de M. Bell, en effet, reproduisait les mots bien articulés, et ce résultat dépassait tout ce que les physiciens avaient pu imaginer. »

En 1877, la tournée européenne du téléphone d’Alexander Graham Bell fait étape à Paris et les Français doivent se rendre à l’évidence : l’appareil fonctionne bel et bien. Un journaliste relate en 1878 l’expérience « stupéfiante » d’une communication entre Versailles et le cœur de Paris devant le jury de l’Exposition universelle. Le téléphone tient sa première victoire : il fait taire les doutes.

Une place occupée par le télégraphe

Un deuxième obstacle lui barre aussitôt la route : le gouvernement n’y est guère favorable. La France a beaucoup investi dans le télégraphe électrique depuis quatre décennies, notamment pour contrôler la circulation de l’information. L’administration n’a pas l’intention d’aider le téléphone à émerger, comme l’écrit à l’époque un journaliste du Petit Parisien, citant pour preuve les débuts mouvementés du téléphone à Paris en 1878.

Cette année-là, un ministre refuse l’installation d’une ligne de test allant de la halle aux blés à la rue Richelieu. Un ingénieur nommé Soulerin décide de braver la loi nuitamment. Au petit matin, il invite le ministre à venir constater la réussite de l’expérience. La première réaction du haut personnage est la suivante : « Mais, vous avez commis un délit ! » Les résultats parlant d’eux-mêmes, le ministre « n’ose pas insister », rapporte le journaliste.

L’écouteur d’un téléphone d’Alexander Graham Bell au Musée des arts et métiers.

Dans l’esprit du grand public aussi, le télégraphe, dont les particuliers font usage pour les communications urgentes et capitales, fait encore beaucoup d’ombre au téléphone.

Démarrage lymphatique

Pour le sociologue Patrice Flichy, les Français « appréhendent le téléphone comme le télégraphe : un outil pour les occasions exceptionnelles » qui sert à envoyer des messages lapidaires, pauvres en émotions. Ils « ne sentent pas le potentiel radicalement différent du téléphone, intime et interpersonnel », juge François Mathias, médiateur au Conservatoire national des arts et métiers, où sont exposés les tout premiers téléphones.

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