la ruée des Français sur le Net bouscule le commerce tricolore

la ruée des Français sur le Net bouscule le commerce tricolore


La vente en ligne a gagné « deux à trois ans de développement en trois mois de temps », estime François Momboisse, président de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), mardi 15 septembre, en dévoilant les chiffres trimestriels de la vente en ligne arrêtés à la fin juin. Porté par de nouvelles habitudes d’achat adoptées depuis le début de l’épidémie de Covid-19, le Net pourrait représenter 13 % des ventes du commerce en France à la fin de l’année, contre 10 % en 2019.

Pour l’heure, le bilan trimestriel est cependant en trompe-l’œil. Le marché de la vente en ligne a progressé de 5,3 %, en moyenne, au cours du deuxième trimestre, par rapport à la même période de 2019, après avoir gagné 1,8 % sur les trois premiers mois de l’année. La faiblesse de cette progression – le marché avait crû de 11,6 % en 2019, pour atteindre plus de 103 milliards d’euros – s’explique par l’effondrement du secteur du tourisme, poids lourd de l’e-commerce. A la suite de l’adoption de mesures de confinement, en France, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, la vente de billets de train et d’avion et de nuitées d’hôtels a plongé de 75 % en ligne, sur la période, par rapport au deuxième trimestre 2019.

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L’achat de produits de consommation courante a, lui, littéralement, bondi. Le marché a progressé de 45,7 % au deuxième trimestre, d’après l’indice iCE 100 établi par la Fevad. Tous les secteurs en ont profité. A commencer par les dépenses d’alimentation, en hausse de 53 %, grâce au développement des ventes en drive. Le secteur de l’habillement a, lui, progressé de 11 %, sur les sept premiers mois de l’année.

« De nouveaux clients »

Cette hausse s’est faite « grâce à de nouveaux clients », analyse Frédéric Valette, directeur du département mode et distribution au sein de Kantar Worldpanel. En trois mois de temps, pas moins de 2,6 millions de Français se sont ainsi convertis à l’achat en ligne de vêtements, à fin mai, selon Kantar.

Zara, Nike et Kiabi en ont profité à plein, tandis qu’Amazon, premier distributeur de mode en ligne en France, a été handicapé par une restriction de son activité aux seuls produits dits « essentiels » pendant la période de confinement. Nos compatriotes ont notamment acheté de la mode enfantine, des vêtements dits « casual » adaptés à la vie à la maison et des « sneakers et chaussures de sport », souligne Hélène Janicaud, directrice des études au sein de la société d’études et d’analyses, en évoquant le nouveau mantra des Français : « Jamais sans mes baskets. » La part de marché du Net frôle désormais 24 %, à la fin du premier semestre, contre 15 % en 2019, sur le marché de la mode, estime Kantar.

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Contraints de rester à la maison, les Français ont aussi été nombreux à entreprendre des travaux de rénovation et à se fournir en bidons de peinture et autres tuyaux d’arrosage sur la Toile, plutôt que chez Castorama. A tel point que l’audience des sites Leroy-Merlin et Mano-Mano a fortement progressé. Le premier se place en 4position des sites les plus consultés en France, au deuxième trimestre, derrière Amazon, Cdiscount et la Fnac, avec 14,4 millions de visiteurs uniques, tandis que le second entre en 11position, avec 11,7 millions de visiteurs uniques. Du jamais-vu.

« Amortisseur économique »

Le marché de la seconde main est aussi totalement bousculé. Car, rappelle Frédéric Valette, 40 % des Français ont fait du tri dans leur garde-robe. Dès lors, en famille, ils ont vendu leurs vêtements inutilisés. Ils se sont aussi débarrassés d’autres produits. Outre Vinted, spécialiste de la vente d’habillement d’occasion, qui se classe désormais au quatrième rang des acteurs de l’e-commerce de mode, selon Kantar, les sites de ventes entre particuliers connaissent ainsi une seconde jeunesse. Les audiences d’eBay et de Rakuten ont ainsi fortement progressé au deuxième trimestre, selon Médiamétrie.

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Que restera-t-il de ces nouvelles habitudes de consommation ? Elles devraient « perdurer », estime Mme Janicaud. Car près de 70 % des cyber-acheteurs déclarent que la crise du coronavirus va affecter durablement leurs habitudes, d’après Médiamétrie. Et, ajoute Mme Janicaud, 57 % des nouveaux acheteurs en ligne de vêtements ont déjà commandé d’autres articles de mode en mai et en juin, selon Kantar. Bref, le pli est pris.

Dès lors, après un bond de 15 % en 2020, la vente en ligne de mode devrait représenter entre « 19 % et 22 % » du marché de l’habillement, selon Gildas Minvielle, directeur des études économiques au sein de l’Institut français de la mode (IFM). Ce gain ne devrait, hélas, pas être suffisant pour compenser la perte d’activité en magasins. Le coup sera dur. Le marché s’est effondré de 17 %, entre 2007 et 2019. Et les ventes de mode devraient finir l’année sur une perte sèche comprise entre « 10 % et 25 % », selon les projections de l’IFM. La Fevad, qui défend les intérêts de l’e-commerce en France, souligne cependant combien l’envolée de 45,7 % des ventes en ligne de produits a eu « un rôle d’amortisseur économique » en cette période de crise majeure.



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