« Jack Ma doit repartir du bas de l’échelle »

« Jack Ma doit repartir du bas de l’échelle »


Aucun pays n’aime autant les signes et les mythologies que la Chine. La mise sous tutelle d’Alibaba, la plus grande entreprise mondiale de commerce électronique, a été théâtralisée, avec la suspension in extremis, le 3 novembre 2020, de la mise en Bourse de sa filiale financière, Ant Group. Comme par magie, en même temps que l’opération gigantesque de 35 milliards d’euros était annulée, le fondateur, Jack Ma, s’est soudain évaporé, sans laisser de trace.

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Une disparition interprétée comme une sanction personnelle de l’« empereur » Xi contre le plus célèbre entrepreneur de Chine, qui s’était cru au-dessus des lois. Il avait eu l’outrecuidance de critiquer le système bancaire de son pays. Après trois mois d’absence et de spéculations sur son sort, qui ont fait s’effondrer le cours de ses entreprises, voilà que le 20 janvier, une modeste vidéo le montre s’adressant à des instituteurs de campagne. Comme un retour orchestré aux choses simples, à la manière dont Mao, au temps de la Révolution culturelle, envoyait les grands artistes et professeurs d’université trimer aux champs dans les provinces reculées pour renouer avec l’âme du peuple.

Accord avec les autorités bancaires

Jack Ma doit repartir du bas de l’échelle. Comme Ant, qui prétendait être la plus grande institution financière du monde, avec ses 700 millions de clients, tout en donnant des leçons aux banques publiques du pays définitivement ringardisées. Mercredi 3 février, l’agence Bloomberg nous révèle qu’Ant a fini par trouver un accord avec les autorités bancaires pour transférer l’ensemble de ses activités dans une holding financière qui sera régulée comme une banque. Elle se moquait de ces établissements cacochymes et sclérosés ; elle devra désormais en épouser les règles. Et, symboliquement, l’annonce de cet accord devrait intervenir à la veille du Nouvel An lunaire, le 11 février, qui marque le recommencement des choses. Peut-être, alors, Jack Ma émergera-t-il de sa retraite campagnarde pour reprendre, avec plus d’humilité, sa tâche de patron.

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Ant en ressortira transformée, avec des obligations de fonds propres que devraient réduire drastiquement sa valorisation boursière et ses perspectives de croissance. Alibaba et Ant sont eux-mêmes des symboles maniés par le pouvoir pour montrer que même les hommes et les entreprises les plus riches et talentueux du pays ne peuvent être au-dessus de l’Etat et de ses représentants. Et l’Internet n’échappe pas à cette loi. Dans ce secteur peu discipliné, les règles sont tombées du ciel comme des dagues pour tailler en pièces les pouvoirs de ces trublions de la technologie et de la finance.

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