annulations et reports en cascade dans l’industrie du jeu vidéo

annulations et reports en cascade dans l’industrie du jeu vidéo


Alors que le bilan du coronavirus s’alourdit de jour en jour, les plus grandes compagnies mondiales se préparent à revoir leurs plans pour l’année 2020. Retards et annulations frappent tous les secteurs du jeu vidéo, de la production de manettes aux tournois e-sport en passant par le développement de titres. Et ce, en raison des mesures de confinement et du prolongement de deux semaines des congés de fin d’année en Chine, synonyme de fermeture de nombreuses usines. A terme, c’est toute la filière qui pourrait être touchée, avec des répercussions dans le monde entier.

Comme le rappelle le cabinet d’analyse Niko Partners, 96 % des consoles vendues aux Etats-Unis en 2018 étaient fabriquées en Chine. Si le conflit commercial entre les deux pays a depuis amené les constructeurs à revoir leur stratégie, à l’image de l’implantation récente de Nintendo au Vietnam, ce rééquilibrage est encore marginal. Et ce sont désormais les mises en orbite de la PlayStation 5 et de la Xbox Series X, principaux événements de l’année pour le secteur, qui font l’objet de doutes.

Comme l’explique Ken Rumph, analyste pour la banque d’investissement américaine Jefferies, dans une note citée par le South China Morning Post :

« Si la mise à l’arrêt du pays dépasse un mois, les calendriers de sortie des jeux seront retardés. Les nouvelles consoles pourraient elles aussi souffrir de problèmes d’approvisionnement en cas de perturbations prolongées, alors que leur lancement est prévu pour l’automne 2020. »

Interrogé par Reuters, le directeur général de Nintendo, Shuntaro Furukawa, a d’ores et déjà prévenu qu’en raison du virus un retard de production des consoles Switch était « inévitable ». Les livraisons au Japon de nouvelles unités, ainsi que de manettes Joy-Con et de périphériques Ring Adventure, sont pour l’instant les plus touchées, détaille-t-il, alors que la durée de la mise à l’arrêt des usines chinoises est encore indéterminée.

Centre mondial de la sous-traitance de jeu vidéo

Au-delà des consoles, c’est une bonne partie de la production de jeux qui pourrait être perturbée, alors que la Chine est un centre de sous-traitance capital pour les plus grands éditeurs mondiaux. C’est notamment là qu’y officie Virtuos, géant franco-chinois spécialisé dans la production d’éléments graphiques en 3D et la conversion de jeux d’une console vers une autre. Il est lié par des contrats avec de multiples entreprises de premier comme second plan. L’an passé, l’entreprise était impliquée dans pas moins de 23 jeux présentés au Salon mondial annuel du jeu vidéo, et principalement des blockbusters.

Sur LinkedIn, dans un message avant tout adressé à ses clients, Gilles Langourieux, son président, a tenu à relativiser, en expliquant que seulement 2 % de ses effectifs, soit 35 personnes, habitent la région de Wuhan, point de départ de l’épidémie. Tout en reconnaissant que les mesures du gouvernement touchent ses autres studios à Xian et Chengu. Il espère un retour à la norme lundi 10 février, et un retard d’une semaine seulement sur ses livraisons.

D’ores et déjà, l’un de ses partenaires d’affaires, PrivateDivision, label du no 3 occidental Take Two, a modifié le calendrier d’une de ses sorties. « Nous reportons le lancement d’Outer Worlds sur Switch en raison du coronavirus, qui impacte l’équipe de Virtuos qui travaille sur cette adaptation, pour lui laisser assez de temps pour finir le développement. » Activision, Electronic Arts, Microsoft, Nintendo, Sony ou encore Square Enix font également traditionnellement appel à Virtuos ou Xpec, son concurrent taïwanais.

Lors d’une conférence téléphonique avec les investisseurs, le président d’Ubisoft, Yves Guillemot, a préféré se montrer rassurant. « Pour le moment, c’est facile à gérer. Nous ne savons pas ce qui va se passer. On peut s’attendre à ce que nous travaillions avec nos autres studios si la situation dure trop. » Ubisoft a la particularité de posséder une vingtaine de structures de productions réparties dans le monde, qui se partagent le développement de ses superproductions.

Joint par Le Monde, l’éditeur français manifeste sa prudence :

« En accord avec les recommandations du gouvernement, nous allons rouvrir les studios de Chengdu et Shanghai le 10 février. Nous suivons la situation en Chine de très près et surtout la santé et la sécurité de nos équipes est notre priorité absolue. Il n’est pas possible d’estimer l’impact potentiel sur notre activité en Chine à ce stade. »

Ventes en hausse en Chine

Ces retards dans la production s’inscrivent dans un contexte de tensions sociales dans l’industrie du jeu vidéo, très sujette au crunch, des périodes durant lesquelles les employés peuvent être contraints de travailler jusqu’à cent heures par semaine pour tenir les délais de production.

Par ailleurs, plusieurs événements majeurs du jeu vidéo ont été annulés, comme le Taipei Game Show de Taïwan, l’un des plus grands rassemblements vidéoludiques du monde. Ou décalés à une date indéfinie, comme la seconde journée du championnat de League of Legends, jeu-phare de l’e-sport. Activision-Blizzard a par ailleurs annulé les rencontres du championnat Overwatch League de mars et avril, tandis que deux des équipes chinoises en lice dans celui-ci, Guangzhou Charge et Shanghai Dragons, ont choisi de déménager en Corée du Sud.

Seul mince motif de satisfaction, la consommation vidéoludique s’est envolée en Chine, avec une hausse de 27,5 % des téléchargements de jeux sur iOS en Chine et un record mondial le 2 février de 18,8 millions de connexions simultanées à la plate-forme de jeu sur ordinateur Steam, que Niko Partners explique par la situation dans l’empire du Milieu. Effet indirect des mesures de confinement, les Chinois joueraient davantage pour s’occuper.





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