À Marseille, une ancienne base sous-marine nazie révèle ses fresques de jeunesse

À Marseille, une ancienne base sous-marine nazie révèle ses fresques de jeunesse


Sur l’imposante façade de béton clair piquée de traces de balles et de tirs de mortier datant de la libération de la ville, en août 1944, une petite casemate laisse pointer le viseur d’une vieille mitrailleuse dirigée vers Marseille. Non pas que la société américaine Digital Realty/Interxion, occupante des lieux, compte sur cette pièce de musée pour protéger ses 7 000 mètres carrés de salles informatiques où tournent les ordinateurs de ses clients, plateformes de cloud ou de média numérique. Ce vestige rouillé a été conservé dans son jus lors de la transformation en data center de cette ancienne base de sous-marins allemande, construite à partir de mars 1943 sur le port de Marseille.

Son toit de béton épais de 5,5 mètres a déjà fait ses preuves, en résistant aux bombardements alliés. Après des travaux d’un montant de 140 millions d’euros, les lieux ont ouvert cet été. La mitraillette est loin d’être la seule trouvaille que Fabrice Coquio, le patron d’Interxion France, a faite dans « Martha », le nom de code donné par la Wehrmacht à la base, aujourd’hui rebaptisée « MRS3 ».

Un secret bien caché

Dans le bâtiment, longtemps abandonné par les autorités portuaires, dont les salles étaient jonchées de fientes de pigeon et les façades dévorées par des figuiers sauvages, le nouveau locataire a découvert plus d’une quinzaine de fresques murales. Elles ont vraisemblablement été peintes par des prisonniers allemands, détenus dans ce bunker nazi après leur ­reddition et que les forces américaines ont mis à contribution pour déminer le port à la Libération. Elles représentent des paysages de bord du Rhin ou du Tyrol autrichien. Il y a aussi la représentation du baron de Münchhausen juché sur sa bombinette.

À Marseille, tout le monde ou presque ignorait leur existence. Même les plus férus du patrimoine n’en ont jamais eu vent. « Lors de nos entretiens, Jean-Claude Gaudin, qui est un ancien professeur d’histoire, pouvait me donner le moindre détail sur le palais du Pharo, mais il n’avait jamais entendu parler de ces fresques », raconte Fabrice Coquio. Avec ses dimensions (150 mètres de long, 30 mètres de large et 23 mètres de haut), cet énorme parallélépipède de béton a pourtant toujours crevé les yeux des Marseillais qui longent le port vers l’Estaque. Il a fallu, cet été, que la Süddeutsche Zeitung évoque ces vestiges peints dans un article sur la transformation de l’édifice nazi en centre de données pour que leur présence soit enfin révélée au plus grand nombre.

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